L’ONU publiera un rapport accablant sur les guerres dans l’ex-Zaïre

«Le Monde» révèle les conclusions du travail du Haut-Commissariat aux droits de l’homme sur les crimes perpétrés dans l’ex-Zaïre durant les guerres qui l’ont secoué entre 1993 et 2003. Le Rwanda est très sévèrement mis en cause

Le document s’annonce explosif en raison de ses éventuelles implications en matière de justice internationale. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) avait prévu de ne rendre public que début septembre les 560 pages de son rapport portant sur les crimes commis en 1993 et 2003 dans l’ex-Zaïre. Le pays est redevenu République démocratique du Congo (RDC) en 1997, à la chute du maréchal Mobutu. Mais dans son édition datée du 27 août, Le Monde a porté à sa une les principales conclusions du travail de compilation et d’analyse mené sur le terrain par une vingtaine de délégués du HCDH.

Le quotidien parisien écrit s’être procuré «une version quasi définitive» du document. D’après lui, cette «radiographie sans précédent des crimes jalonnant dix ans de guerre» en RDC est «accablante, principalement pour le Rwanda». Elle décrit, les «violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire» commises entre mars 1993 et juin 2003 en RDC. «Derrière l’intitulé, poursuit Le Monde, se cache une décennie de meurtres, viols pillages auxquels prirent part plusieurs pays de la région.»

L’idée de ce travail, que le Haut-Commissariat n’a pas souhaité qualifier d’enquête, a germé il y a quatre ans. En compilant ainsi noir sur blanc les meurtres, viols et pillages qui ont supplicié les Congolais, le HCDH entend mettre un terme à l’impunité qui a toujours prévalu dans le pays, et fournir à la justice internationale matière à éventuelles poursuites, «pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre, voire génocide».

D’après un expert de la région interrogé par Le Temps, ce rapport ne «contient que des demi-révélations. Il officialise des faits qui étaient connus, mais mis sous le boisseau, des précédents rapports ayant été étouffés. Ce qui est neuf, c’est que cette fois l’information est publiée avec le tampon de l’ONU».

La décennie 1993-2003 a été traversée par trois séquences de violences: celle méconnue du grand public (1993-1996), pendant laquelle les Kassaiens furent persécutés au Katanga et durant laquelle le Kivu commença à être déstabilisé par les conflits locaux. Entre 1996 et 1998, la conquête du pouvoir par Laurent Désiré Kabila fait basculer le pays dans une «première guerre». En 1998, débute ce que l’on appellera la «deuxième guerre». C’est le chapitre le mieux connu de cette sombre chronologie, qui transforme l’ancienne colonie belge en un champ de bataille sans précédent, où jusqu’à huit armées africaines (RDC, Rwanda, Ouganda, Burundi, Angola, Zimbabwe, Namibie et Tchad) et 21 factions rebelles s’affrontent. Une série d’accords en 2002 prépare leur retrait. En 2003, l’ONG International Rescue Committee a estimé que cette deuxième guerre avait causé 3,9 millions de morts, victimes directes ou indirectes. Aucun bilan officiel n’a jamais été établi.

Le document que s’apprête à publier l’ONU jetterait une lumière extrêmement crue sur la responsabilité de plusieurs pays durant cette époque, notamment le Rwanda. Lancé aux trousses des centaines de milliers de Hutus qui ont fui le Rwanda pour le Zaïre en juillet 1994, au lendemain du génocide tutsi, le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé aurait perpétré «des attaques systématiques et généralisées» contre les réfugiés hutus. D’après les extraits du Monde, elles «révèlent des éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de génocide», allégation très certainement la plus spectaculaire de ce rapport.

Le quotidien du soir souligne d’ailleurs que le Rwanda a multiplié depuis les initiatives pour l’étouffer. Le Ministère des affaires étrangères aurait notamment écrit au secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, pour lui signifier que Kigali reviendrait sur ses engagements auprès de l’organisation, notamment sur sa contribution aux troupes de maintien de la paix, si la presse était informée.

Jeudi après-midi à Genève, la Mission du Rwanda auprès de l’ONU ne souhaitait pas encore réagir à ces révélations. De son côté, Rupert Colville, porte-parole du HCDH, s’est montré très irrité par le «scoop» du Monde. Initialement prévue pour le 1er septembre, la publication officielle du rapport est avancée au 30 août. Selon Rupert Colville, le quotidien dispose «d’une mauvaise version, vieille de deux mois. Il s’est comporté de manière irresponsable en reprenant des citations qui ne figurent pas dans le rapport final». Le terme de génocide, lui, y figurerait bien. Christophe Châtelot, l’un des deux signataires de l’article, rétorque avoir recoupé cette version «quasi définitive, mais officielle, avec plusieurs autres» et avoir «vérifié toutes (ses) sources». D’après le journaliste, au regard des pressions rwandaises sur l’ONU, il était nécessaire de publier ce document pour qu’il ne soit pas «enterré» comme d’autres l’ayant précédé.

Fonte: LE TEMPS


Comentários recebidos: 1

  1. A resistência por direitos é essencial ao Estado de direito. O respeito, efectivo, por direitos nunca foi ofertado. A sua garantia e respeito foi conseguida onde foram conquistados e defendidos. Esse é o caminho das angolanas e angolanos se queremos que esses valores nos sejam efectivamente garantidos. Qualquer acção de resistência contra qualquer visando a garanta do respeito pelos direitos humanos é legítima



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